Plus noir que les ténèbres

Chapitre 5 de la série « Ed Kane ».

Système I1Y-IU, station capitale de Brave Collective.
Après son petit « bricolage » sur le taxi du service de sécurité, l’agent A reparti tranquillement en direction de sa cabine, toujours sous l’apparence du technicien. En passant le coin de la coursive, son sang se figea. Deux gardes en armure légère et fusil laser étaient en faction devant sa porte, ouverte.
« Kane », murmura-t-il. « Cet enfoiré est déjà sur mes basques ». Sa couverture en tant qu’Ender Ormand venait de prendre fin.
« Ce type est médium, c’est pas possible » pensa-t-il, très énervé. Il continua son chemin et passa devant sa cabine comme si de rien n’était. Il salua les gardes d’un mouvement de tête, en profitant pour jeter un œil à l’intérieur. Deux autres types, des agents de la sécurité, étaient en train de tout retourner. Heureusement pour lui, il n’y avait rien de compromettant dans sa cabine. Enfin, excepté les charges explosives habillement dissimulées un peu partout. A tourna dans la coursive suivante. Le sourire mauvais, il tapa un code sur son mini-pad et pressa le pas. Il compta mentalement jusqu’à vingt. Puis une détonation retentit et fit trembler le pont. La sirène stridente de l’alarme se déclencha instantanément, inondant la coursive de décibels. A prit la direction d’une autre cabine. Il était temps de changer de peau.

L’alerte résonna dans le QG de la sécurité. Quelqu’un cria.
– Explosion au pont 15 ! Cabine 15-10.
Stu consulta rapidement la base de donnée.
– Merde ! Il se tourna vers Kane. C’est la cabine d’Ormand.
– Envoyez des renforts et une équipe de médic. Bouclez la station jusqu’à nouvel ordre, hurla Kane.

Un système, très loin de New Eden.
Le Buzzard franchit le wormhole, et déboucha dans le néant. Un pulsar vomissait deux fins traits de lumière à une cinquantaine d’UA de la frégate. L’agent Prime consultât le taux de rayonnement gamma, légèrement inquiète. Le bouclier devrait tenir le coup, si le frêle vaisseau d’exploration ne s’approchait pas trop de la dangereuse étoile à neutron. Drôle de coin pour un rendez-vous, pensa-t-elle. Mais c’était bien dans le style de ses employeurs. Mystérieux et terriblement dangereux. Leur culture accordait beaucoup d’importance aux symboles.
Elle reçut un signal. Les coordonnées d’un bookmark situé à une vingtaine d’UA de là. Au même moment, deux vaisseaux apparurent à quelques centaines de mètres, encadrant le Buzzard. Ils n’apparaissaient pas au D-Scan. Leur forme restait floue, plus noire que les ténèbres et bardée de pointes. Leur taille les situait entre une frégate et un destroyer. Elle sentit l’onde d’un scanner actif frapper son vaisseau. Un message entrant. « Agent identifié. Fendez l’espace vers le point ordonné ». Elle sourit malgré la tension. « Ils ont encore des progrès à faire sur la traduction » pensa-t-elle. Elle s’aligna vers le bookmark et partit en warp, suivie par les deux étranges vaisseaux.
Elle arriva près d’un astéroïde. Le Buzzard fut aussitôt tracté vers une immense ouverte circulaire, telle une bouche monstrueuse et sombre, prête à l’avaler. A l’intérieur, les lumières du vaisseau révélaient les parois d’une gigantesque caverne. Le Buzzard s’arrêta, puis un large boyau vint se connecter au sas. Prime se libéra du pod, ouvrit le sas et s’avança à l’intérieur du boyau, équipée d’une combinaison spatiale souple. Elle atterri dans un large couloir obscur, taillé dans la roche. « Vision nocturne », dit-elle dans son casque. Elle sursauta alors en distinguant deux formes près d’elle. Pas du tout humanoïdes. Elle s’y attendait un peu, mais le constater de visu était assez perturbant. Les deux créatures semblaient faire plus de deux mètres. Une tête allongée garnie d’excroissances pointues surmontait un corps segmenté muni de huit membres. Un tube métallique semblait fixé sur ce qui leur servait d’épaule gauche. Un canal audio s’ouvrit dans son casque.
« Suivez les deux, agent » dit une voix synthétique sans expression.
– Compris, répondit-elle, emboitant le pas des deux créatures. Elle vit avec une pointe d’inquiétude les tubes d’épaules s’orienter dans sa direction. Des armes, sans aucun doute. Le message était clair, « reste bien sage, ma belle ».
Elle marcha plusieurs minutes dans le silence et l’obscurité, en repensant aux événements qui l’avaient conduite jusqu’ici. Il y a dix ans, un homme étrange l’avait contactée, alors qu’elle n’était encore que la dirigeante d’une modeste corporation. Il se présentait comme un explorateur et prétendait détenir des objets d’une technologie totalement inconnue et très ancienne. Elle finit par le recevoir et à sa grande surprise, il ne mentait pas. Elle voulut bien sûr savoir où il avait trouvé ces objets. Il lui avoua être en fait l’émissaire d’une race non humaine très avancée. Cette race était même prête à lui céder certaines technologies en échange de quelques services. A une seule condition, le secret. Absolu. Personne d’autre ne devait entendre parler d’eux dans New Eden. Elle accepta, voyant les profits et le pouvoir qu’elle pourrait retirer de cette « collaboration ». L’émissaire lui fit bien comprendre qu’il avait les moyens de lui faire tenir ses engagements (il lui avait fait inhaler des nanites capables de contrôler son corps, et éventuellement de la tuer). Sa démonstration avait été fort désagréable et très convaincante. Dans les années qui suivirent, sa corporation se développa de façon fulgurante, distillant d’infimes parcelles de technologie alien (corrompant au passage des milliards d’architectures informatiques dans New Eden) et anéantissant ses concurrents. Parallèlement, elle bâtit l’Organisation, en étroite collaboration avec l’émissaire (et sous sa surveillance), dans le but de servir efficacement ses nouveaux maitres. Aujourd’hui, elle était là, parmi eux.

Les créatures s’arrêtèrent et s’écartèrent. Un sas circulaire s’ouvrit. « L’agent doit entrer » entendit-elle dans son casque. Elle avança dans une grande pièce. Une faible lumière verte irradiait des murs. Le sas se referma derrière elle. L’air était froid mais respirable. Elle ouvrit la visière de son casque. Sur les murs et le sol étaient gravés des symboles inconnus et une structure noire monolithique trônait au milieu de la pièce. Elle sentit un déplacement d’air et une autre créature apparut, comme sortie du néant. L’agent Prime la fixa, fascinée et terrifiée. Elle avait la même forme arachnéenne que les deux autres, mais était plus grande, plus massive. La chose l’observait aussi de ses multiples yeux, noirs, froids et malveillants. Sa longue tête crénelée n’avait pas de bouche. Sa gueule verticale et garnie de crocs noirs était située au milieu du thorax. Deux des membres antérieurs possédaient des mains à quatre doigts griffus. Les deux autres se terminaient par de longues et fines pinces serties de métal. Un tentacule métallique fixé sur son dos ondulait lentement. Il jailli brusquement vers elle, s’enroulant autour de sa gorge. Elle ressentit en même temps une présence glaciale envahir son esprit.

« Je t’attendais, mon agent ». Ces mots résonnaient dans sa tête. Une vague de panique faillit la submerger. Le tentacule l’attira sans ménagement près de la créature.
« Tu m’as bien servi et je voulais t’observer ». « Même si ton apparence répugnante blesse ma vision », ajouta-t-elle. Le tentacule la libéra et se rétracta. Prime tremblait malgré elle. Rien n’aurait pu la préparer à une telle rencontre. Hormis l’émissaire (mais elle avait des doutes quant à son humanité apparente), elle était la première à les rencontrer.

« Tes serviteurs sont-ils prêts à attaquer ? Le temps s’écoule contre nous.»
– Oui, ils attaquent en ce moment même. Et mes agents sème le doute et la trahison chez nos adversaires. Bientôt, la région que nous nommons Querious sera purgée de leur présence.
« Peu importe la région. Seule la planète où est caché l’artéfact des Anciens nous intéresse. Nos ennemis sont aussi à sa recherche. Ils ne doivent pas l’avoir. »
– Je m’efforce de les ralentir et de les combattre. Je pourrais aussi prendre l’artefact pour vous, si vous voulez.
« Nonnnn. Tu serais anéantie, et nos ennemis détecteraient sa présence. »
– Bien, comme il vous plaira, dit Prime.
« Va maintenant, et assures toi que le système Ilyiu soit vidé avant huit cycles. Contacte mon émissaire quand ce sera fait. Réussis et tu seras récompensée. Echoues et tu périras. »

Système I1Y-IU.
Ed était effondré. Deux de ses agents étaient morts dans l’explosion de la cabine, et Ormand restait introuvable. Mais chez lui, la peine, la colère et la frustration ne faisait que raviver sa détermination et sa motivation. C’est ce qui l’avait poussé à entrer dans la police, après la mort de sa sœur. Après onze années d’enquête, il avait trouvé le coupable. Traquer les salauds, les ordures, ça l’avait poussé durant toutes sa carrière. Il retrouverait Ormand, coûte que coûte. Il replongea dans le dossier. Mis à part ses voyages réguliers à Badivefi, il n’avait que très peu bougé de la station. Pas d’activité sur le market, ni de prime. Pas d’existence dans les bases de données de l’état civil Amarr. Un fantôme. Un espion. Ed activa son comm-link et appela le service de renseignement de l’alliance.

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