C’est juste les affaires…

Chapitre 1 de la série « Ed Kane ».

La nuit avait été longue, et la fête de la veille avait laissé des traces. Le Titty Twister était dans un sale état. Les capsuleers locaux étaient venus en nombre fêter la débâcle des goons dans Querious. Le message était passé, ils n’étaient pas les bienvenus et étaient repartis dans leur trou à rat à l’autre bout de New Eden avec armes et bagages. Ils étaient venus avec une force limitée – pour des goons – principalement des membres de Karmafleet, et leurs tentatives pour conquérir certains systèmes vulnérables dans le sud avaient toutes échouées. Ils avaient bien réussis à prendre la station de Nothern Army dans 60M, mais après plus de six heures de combats acharnés et d’opérations de harcèlement de la part des défenseurs. Puis l’avaient reperdue quelques heures plus tard. Leur doctrine était dépassée et leur commandement militaire incapable de s’adapter aux nouvelles lois sur la souveraineté en 0.0 établies par Concord. « Adapt or die », c’est la première règle du null sec, et les goons étaient en train de l’oublier.

Ray, l’employé de service, se dit qu’il ferait bien de s’y mettre. Il ne restait que quatre heures avant la réouverture du bar, et il avait du pain sur la planche. Bob, le patron, n’était pas du genre à rigoler. Il ouvrit le local de stockage des drones d’entretien et lança le programme « du sol au plafond ». Le drone n°3 émit un bip strident, avança d’un mètre puis s’éteignit complétement.

« Saleté de quincaille ! Il balança un coup de pied à la machine récalcitrante, qui chuta lourdement dans un grand bruit de ferraille.
– Merde ! Le patron va… furent ses dernières paroles, alors qu’un trait de lumière cohérente atteignait son crâne, faisant exploser son cerveau et son visage dans un geyser de sang et de matière grise calcinée. La silhouette d’un homme apparue quand le champ furtif – une merveille de technologie au prix exorbitant – se dissipa.
– Désolé mec, ça n’a rien de personnel, c’est juste les affaires, dit l’individu qui venait de tirer.

Dommage pour ce vieux Ray, mais il ne devait pas y avoir de témoin. Il s’était juste trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment. Comme une sorte d’accident, pensa-t-il. Il écarta le cadavre du pied et ouvrit un panneau sur le flanc du drone. Il prit le cristal de donnée qui s’y trouvait. On lui avait offert un bon gros paquet d’ISK, juste pour récupérer ce truc. Il allait pouvoir se barrer de ce trou perdu et mener la grande vie à Jita pendant quelques mois avec tout ce magot. Peut-être même qu’il se lancerait dans les affaires. La vie de trader était plus tranquille et bien plus lucrative que celle de capsuleer en 0.0. Enfin, c’est ce qu’il croyait, à tort ou à raison. Il fit le tour du bar et déposa une grenade EM sur le comptoir, histoire d’être sûr que les éventuelles caméras soient grillées pour de bon. Il régla le minuteur sur dix, puis alluma le champ furtif et sortit tranquillement par la porte de service. Il avait encore du chemin à faire et s’enfonça rapidement dans les coursives obscures de la station, vers le lieu de rendez-vous avec le commanditaire de cette petite livraison.

Il l’ignorait, mais le cristal contenait énormément de données confidentielles concernant Brave Collective. Données compilées depuis des semaines par l’agent B. Enregistrements des coms, emplacements et mots de passe des POS, contacts et échanges diplomatiques, liste des membres des « recon » sous couverture, des pilotes de Jump Freighter, de cap, etc… L’agent B avait fait un très bon travail. Ça faisait plusieurs mois qu’il s’infiltrait dans les rouages de l’alliance, gagnant la confiance de certains membres dirigeants. Manipulant les uns et se débarrassant des autres. Un travail bien fait paie toujours car il avait maintenant accès aux canaux « sécurisés », aux bases de données de l’alliance et autres informations sensibles. Il avait déposé le fruit de son labeur dans un des drones d’entretien du bar miteux de la station, lors de la fête de la veille, conformément aux instructions de son contact.

L’agent A regarda l’heure. 3h35. Cet imbécile de livreur était en retard. Mais qu’attendre de plus d’un mercenaire à la petite semaine. A espérait qu’il ne s’était pas fait chopper. Il vérifia pour la troisième fois le pulseur – la version « arme de poing » du rail gun – dissimulé dans sa poche arrière. La pièce où il se trouvait était profondément enfouie dans les entrailles de la station, sous l’usine de traitement des eaux. Un local de stockage de pièces détachées, humide, désagréable et froid, où personne ne foutait jamais les pieds.

Il entendit enfin des bruits de pas dans la coursive. L’agent A se glissa un peu plus dans l’obscurité de la pièce et ôta le cran de sureté du pulseur.

« Toc toc, fit l’arrivant en pénétrant dans la pièce sombre. Y a quelqu’un ?
– Vous êtes en retard, répondit A, en restant dans l’ombre.
– Désolé mec, j’me suis un peu paumé en chemin. C’est pas évident à trouver ta planque.
– C’est justement pour ça que c’est une planque, dit A, sarcastique. Vous avez l’objet ?
– Bien sûr mec ! J’suis un pro. Il sortit le cristal de sa poche.
– Excellent. Posez-le sur cette caisse. Comment ça s’est passé ?
– Le type du ménage était là, j’ai dû le buter. Plus de témoin, comme convenu mec. Je te l’ai dit, j’suis un pro. L’assassin s’avança. Et mon fric ?
– La puce de transfert de fond est sur la caisse. 10b, compte anonyme.

L’assassin posa le cristal et prit la puce. Il l’alluma et saisit son code. La somme et le numéro de compte s’affichèrent. Il sourit.
– Parfait. Si t’as encore besoin de moi, n’hésites pas mec. C’est un plaisir de faire des affaires avec toi.
– On verra, répondit A. D’ici là, faites-vous oublier.
– T’inquiètes, j’serais plus discret qu’un Jove. A la prochaine mec.

Il tourna les talons et commença à s’éloigner en sifflotant. Un point rouge apparu dans son dos et l’agent A appuya sur la détente du pulseur. Des dizaines d’aiguilles le traversèrent, propulsant une masse d’organes et d’os déchiquetés dans la coursive. Il s’effondra sans un cri.

– Ça, j’en doute pas un instant, dit l’agent A. Il récupéra la puce, l’arme et le champ furtif sur le cadavre mutilé. Les rats qui pullulaient dans les bas-fonds de la station se chargeraient de nettoyer toutes traces bien avant que quiconque ne repasse par là.

Le container Z820 de la Clone Bay émit une alarme sifflante, ponctuée de lumière rouge clignotante. L’opérateur en charge de cette section se leva précipitamment. C’était déjà le 4e « réveil » de la matinée, mais contrairement aux autres, il semblait y avoir un problème. Un problème lors d’une activation de clone, ça voulait dire en général des neurones perdus en chemin. Ce qui pouvait être fort préjudiciable pour la conscience du capsuleer concerné. C’était heureusement extrêmement rare, et la clone bay d’une station était en général l’endroit le mieux entretenu. Malgré tout, ça arrivait et le résultat était un capsuleer très diminué, voire carrément un légume.

« Merde », s’écria l’opérateur en courant vers le container. Le clone à l’intérieur était en train de convulser. Ici Yung, besoin d’une assistance médicale d’urgence à la section Z, dit-il en tapant une série de commande sur un clavier virtuel. Le container s’ouvrir, libérant un clone en train de baver, le regard vitreux.
– Fait chier ! dit-il, en pensant à la longue journée de paperasses et à l’avalanche d’emmerdes qui l’attendait.

Publicités

2 réflexions sur “ C’est juste les affaires… ”

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s