Le dindon et la farce

J’ai écrit cette petite histoire pour la raconter le soir à mon fils. Toute ressemblance avec des événements ou des personnages existants serait pure coïncidence (ou pas).

Dans une contrée paradisiaque, vivait un dindon. Il régnait sur une vaste basse-cour du nom de Dindoperium, peuplé de singes, de poulets, d’abeilles, et de tout un tas d’autres créatures peu ragoutantes. L’animal était doté d’un orgueil démesuré, ce qui était parfois une force, mais aussi une grande faiblesse. Ces ennemis étaient légions, et peu d’entre eux, dans leur ignorance, reconnaissaient sa grandeur.

Afin d’éclairer les vilains, il fit projet d’un livre épique, qui conterait les exploits héroïques d’une guerre passée, menée par son invincible armée. Le dindon, peu doué pour la prose, fit donc appel à un scribe. Mais le drôle, pour son labeur, exigeait salaire. Le dindon, parmi ses ouailles, était certes puissant, mais guère fortuné. Il appela donc à contribution ses sujets, et pour faire bonne mesure, le reste des habitants du paradis étoilé. Hélas, ces derniers, pour la plupart, bouffis de vilénie, raillèrent son grand projet. S’abreuver de la grandeur du dindon ne les intéressaient nullement, et non content de moquer le Grand Ouvrage, ils ne donnèrent pas un sous (mis à part 2-3 lèches-cul de circonstance), pas une petite piécette. Rien. Nada. Car de surcroit, tout le monde se moquait éperdument de cette ancienne guerre, qui n’avait d’ailleurs rien d’héroïque. Et tous connaissaient aussi le dindon pour son avarice.

Cela rendit notre pauvre dindon furieux. Le gallinacé se mit à glouglouter de rage dans la basse-cour. Les vils moqueurs allaient voir ce qu’ils allaient voir. Il fallait faire un exemple et frapper fort. Il fallait désigner un ennemi.

Ça tombait bien car non loin de là, dans un endroit appelé « la Mer des nuages », vivaient une famille de grenouilles et une bande de céphalopodes juvéniles. Ils avaient colonisé les lieux depuis peu, et y résidaient en bon voisinage. C’était intolérable aux yeux du dindon. Ils constituaient une trop grave menace pour le puissant empire de l’irascible volatile. D’ailleurs, ils n’avaient rien donné pour Son Livre, ce qui prouvait amplement leur malignité. Il cria si fort son courroux que tous l’entendirent.

Notre dindon convoqua alors ses généraux singes, poulets, reines des abeilles et toute la glorieuse armée du Dindoperium. Dans un discours enflammé, il désigna l’ennemi et ordonna à ses soldats de marcher sur le champ contre la coalition batracino-céphalopode de la Mer des nuages. Mais ses victimes désignées, bien que dépourvues d’oreilles, avaient entendu son cri, poussé par monts et par vaux. Il avait crié bien trop fort (et bien trop tôt). Elles s’étaient secrètement préparées en conséquence. Leurs possessions étaient déjà loin, et elles ne seraient pas dépouillées.

Le dindon et ses troupes caquetantes eurent tôt fait d’investir la Mer des nuages, mais ils ne trouvèrent rien ni personne. Juste une pancarte. Elle disait : « Nous sommes trop occupé à nous gausser de votre arrogance et de votre bêtise. Revenez combattre à notre convenance, à l’heure où l’aube illumine le monde. ».

Le méprisable volatile se mit à nier l’évidence, il était le dindon de la farce. Lui et ses troupes repartirent, bredouilles et dépités car tels les nuisibles qu’ils étaient, peu d’entre eux savaient se battre dans la lumière, avec le soleil du matin comme frère d’arme. Depuis lors, les derniers habitants de la Mer des nuages résistent encore et toujours à l’envahisseur, et le dindon est la risée de tous en ce bas monde.

Il n’y a pas vraiment de morale à cette histoire (à part « regarde Dotlan avant de parler »). La fin n’est pas encore écrite. Une chose est sûre, le Dindoperium n’en a pas fini avec les irréductibles grenouilles.

Sources (au cas où vous croiriez que cette histoire n’est pas pure invention de ma part):

imperium-ordered-to-prepare-for-war

opinion-mittens-ragevengeance-cloud-ring-edition

the-imperium-and-the-road-to-serfdom

 

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6 réflexions sur « Le dindon et la farce »

  1. Salut Hekto!
    Je n’avais pas encore pris le temps de lire tous tes écris, je l’ai pris ce week-end et j’adore ton style…
    J’ai hâte de lire les futurs et en particulier les dernières Fleet des irréductibles Gaulois dans Yi..;

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